Reconnue coupable d’avoirenfreint les règles de son assignation à résidence, l’opposante birmaneAung San Suu Kyi a été condamnée hier par un tribunal spécial à troisans de prison et de travaux forcés, peine immédiatement commuée àdix-huit mois de résidence surveillée par le numéro un de la junte,Than Shwe.
Cettefois, la justice birmane lui reprochait d’avoir brièvement hébergé unAméricain, Joh Yettaw, mormon à la santé mentale instable, qui s’étaitintroduit chez elle après avoir traversé à la nage le lac situé encontrebas de sa maison. « Merci pour le verdict », a déclaré, visagefermé, la captive de Rangoun, vêtue d’une tenue traditionnelle birmanerose et gris clair. Cette décision de justice, que les autoritésbirmanes feignent d’avoir voulu alléger, signifie qu’Aung San Suu Kyi,icône de l’opposition, ne pourra sans doute pas se présenter auxélections promises par la junte pour l’année prochaine.
« Sentence brutale et injuste »
Les réactions ont été immédiates : un tollé de protestations ! « Honteux ! » s’emporte Amnesty International, et la Fédérationinternationale des droits de l’homme (FIDH) presse la communautéinternationale d’agir pour mettre fin à la répression « inhumaine » enBirmanie. Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, « profondémentdéçu par le verdict », appelle, tout comme le président américain Barack Obama,à la « libération immédiate et inconditionnelle » de l’opposante, alorsque quatorze lauréats du prix Nobel de la paix, dans une lettre auConseil de sécurité de l’ONU, exigent une enquête « pour crimes contrel’humanité ».
Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, estime qu’elle «n’aurait pas dû être jugée et n’aurait pas dû être condamnée », bienque l’administration Obama ait semblé ces derniers mois entamer unepolitique de dialogue avec les autorités birmanes. Gordon Brown, lePremier ministre britannique, « dénonce la mascarade du procès » ;Nicolas Sarkozy qualifie la sentence de « brutale » et d’« injuste ».La présidence suédoise de l’Union européenne annonce de son côté denouvelles « mesures ciblées ».
« Il faut que la communauté internationale décide le boycott absolu »
Hier en fin de journée, une cinquantaine de sympathisants d’Aung SanSuu Kyi, parmi lesquels la chanteuse Jane Birkin, ont manifesté auxabords de l’ambassade de Birmanie à Paris pour dénoncer la condamnationde l’opposante. « J’ai peur pour sa santé. Ce verdict est dégueulasse», a déclaré Jane Birkin, accusant : « Ils ont enfermé la démocratie.Il faut que la communauté internationale décide le boycott absolu. »






